Gouvernement du Québec

Premier ministre

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13 octobre 2017Allocution lors du déjeuner-causerie au CORIM

Transcription

(Applaudissements)

Philippe Couillard (premier ministre du Québec) : Merci beaucoup. Merci beaucoup, Monsieur Lemonde. Je veux saluer monsieur Raymond Chrétien, messieurs les premiers ministres, Pierre Marc Johnson – monsieur Landry était là, je crois, il y a quelques moments – monsieur Coderre, monsieur le maire de Montréal, chers collègues de la députation, membres du corps consulaire.

Bonjour à tous et toutes.

Quel plaisir de vous retrouver en cette belle matinée, dans notre belle métropole! Plus belle, encore, par cette belle énergie qu’on perçoit, tous ses succès, la prospérité et la confiance retrouvée. Par une coïncidence surprenante, je lisais, ce matin, dans La Presse, que Montréal vit ses plus beaux jours depuis vingt ans. Bravo, Montréal! Bravo, Monsieur le Maire! Bravo, le Québec! On a besoin d’un Montréal en forme!

(Applaudissements)

Mais c’est de cela que je viens vous parler ce matin. Je viens vous parler d’un Québec fort, confiant en lui-même, confiant en l’avenir aussi.

Notre monde vit une période de changements très, très profonds; une transformation de la société si rapide qu’elle a le potentiel de nous déstabiliser en faisant disparaitre des repères que, pourtant, on croyait immuables. À travers ces changements, nos sociétés inquiètes se fracturent, approfondissent des polarisations anciennes ou, même, en créent des nouvelles. Et au milieu de ce tumulte, au milieu de ce bruit, les hommes et les femmes de notre temps, après avoir vu écarter les repères rassurants de la religion, constatent qu’aucun point, aucun système de référence ne les remplacent. Chacun, chacune tente alors de définir un nouveau système. Environnement, lutte contre les inégalités, refus ou promotion de certaines activités économiques : voilà autant de prétendants au titre.

J’ai conservé un texte de Hakim El Karoui, paru dans L’opinion du 22 novembre 2016. L’auteur y décrit les trois polarisations de notre temps, annonciatrices de grandes tensions sociales :

  • D’abord, la polarisation socioéconomique : la révolution technologique, c’est clair, elle ne fera pas que des gagnants. Certains vont y trouver d’immenses avantages; d’autres risquent d’être laissés pour compte.
  • La polarisation géographique entre les populations des grandes villes, comme Montréal, et celles des régions, que ce soit des régions ressources, des régions rurales. Au Québec, on connait cet éloignement, d’où la nécessité de faire monter les régions dans le train de l’innovation le plus vite possible, notamment par la création et le soutien de pôles d’innovation dans nos régions.

Alors, ces deux premières polarisations, qu’est-ce qu’elles font? Elles accentuent la crainte des peuples, qui sont alors tentés de se replier sur l’univers faussement rassurant du protectionnisme. Repli économique, crainte… menant à la troisième polarisation :

  • C’est la polarisation identitaire, mettant face à face, comme deux scorpions dans une bouteille, ses deux expressions extrêmes qui se nourrissent l’une de l’autre. Dans un coin, l’extrémisme religieux et ses violences totalitaires; dans l’autre, le racisme et l’exclusion. De ce combat, il ne restera qu’une grande perdante : l’humanité elle-même.

Alors, est-ce que ça signifie que la question identitaire ne peut ou ne doit pas être soulevée? Bien sûr que non! Et je dirais qu’en cette fin de 2017, au contraire, elle prend plus de sens. Au Québec, en Catalogne, en Écosse et ailleurs, nos peuples revendiquent fortement l’expression de leurs identités nationales, à l’intérieur d’États ou d’organisations de plus grande taille : le Canada, l’Espagne, le Royaume-Uni, l’Union européenne. Plutôt que la fracture irrémédiable de ces grands ensembles, menant à des conséquences en cascade, que les promoteurs de cette solution préfèrent ne pas voir, je crois plutôt que la coexistence de ces deux sentiments est une des clés menant à un monde plus pacifique. Donc, chez nous, ça veut dire l’identification au Québec et, en même temps, l’appartenance canadienne. D’ailleurs, plusieurs enquêtes d’opinion démontrent à la fois la force de notre identification à la nation qu’est le Québec et aussi celle du sentiment d’appartenance au Canada. Cette histoire avec cette vision, c’est ce que notre Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes veut dire avec ses perspectives d’avenir, avec son beau titre : Québécois, notre façon d’être canadiens.

Avant de vous énoncer les lignes directrices de cette politique, je vous surprendrai peut-être – et monsieur Lemonde y a fait allusion tantôt – en vous disant que le cas, qu’on va appeler maintenant « Boeing-Bombardier », survenant aujourd’hui dans un contexte complètement différent, pour des raisons différentes, a évoqué en moi une autre époque, où il fut aussi question d’aéronautique au Québec. Alors, moi, je suis né en 1957. J’avais 11 ans en 68, 13 ans en 70, 18 ans en 75, alors qu’éclatait ce qui a été appelé alors « la crise des gens de l’air ». Un groupe de professionnels du secteur aéronautique québécois – des contrôleurs, des pilotes – proteste alors fortement contre la tentative de bannir le français dans les cockpits et lors des communications radio. Comme beaucoup de Québécois, j’ai vécu cette période de façon douloureuse. Que se passe-t-il? Ma langue, notre langue, celle d’une des plus grandes civilisations occidentales, on voulait la balayer de la modernité. Au cours des dernières semaines, on a aussi parlé du secteur aéronautique québécois. Bien sûr, outre le secteur, il n’y a rien de commun entre les deux épisodes. Aujourd’hui, c’est d’autre chose qu’il s’agit. Très simplement dit : une multinationale arrogante veut écarter un concurrent talentueux, inventif et québécois. Disons-le avec fierté, beaucoup de fierté : nous avons conçu et nous assemblons, ici, le meilleur avion au monde dans sa catégorie. Bravo, Québec!

(Applaudissements)

Et… et disons-le, c’est ça qui dérange, finalement.

Je me souviens aussi de l’échec de l’accord du lac Meech, un évènement négatif, selon moi, dans l’histoire de notre pays. Bon, bien les années ont passé. D’autres de ma génération, qui ont ressenti la même déception, la même colère, ont fait le choix de la rupture. Et c’est légitime de choisir une option ou l’autre. Mais ce ne fut pas mon choix. Maintenant, je réalise, lorsque je parle de ces évènements, que ce soit la crise des gens de l’air ou l’accord du lac Meech, que beaucoup de jeunes, dans cette salle, ne savent ce dont il s’agit que par les livres d’histoire ou des conversations; ils ne les ont pas vécus. C’est comme la chanson d’Aznavour. Vous savez, « je vous parle d’un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaitre ». Mais ce n’est pas une raison pour ne pas en parler.

Alors, moi, j’ai fait un autre choix. Et si, aujourd’hui, je demeure fermement fédéraliste, c’est en raison de mes autres repères… que nous devons plutôt travailler à rendre possible la coexistence des peuples dans de grands ensembles, avec, comme corolaire, cependant, la nécessité pour eux de pouvoir exprimer et vivre leur identité propre, avec les outils pour le faire. La conviction, aussi, que le choix de l’idée fédérale ne peut s’appuyer sur de simples motifs financiers ou économiques. Oui, ce sont des arguments importants, certes, mais ils ne suffisent pas, car, alors, que deviendrait ce choix, si la situation financière ou économique changeait du tout au tout? Cette option, cette idée qu’est le fédéralisme, c’est d’abord, pour moi, la façon la plus moderne de faire coexister les peuples. C’est aussi l’appel d’une citoyenneté reposant sur un horizon plus vaste, un espace de partage économique, oui, mais aussi, peut-être, surtout, politique, social et un ensemble de valeurs partagées. J’aime cette citoyenneté. J’y suis attaché, comme beaucoup d’autres Québécois et Québécoises. Et ce n’est pas qu’une question de chiffres. C’est aussi la réalisation que notre nation est heureuse, prospère, libre dans le sens le plus profond du terme, que nous sommes, encore une fois, en nette majorité, attachés à notre appartenance canadienne. Mais pourquoi en serait-il autrement, puisque nous avons bâti ce pays? Mais ça ne veut pas dire que notre fédération ne soit pas perfectible. Elle l’est, bien sûr, comme toutes les entreprises humaines. Le travail de construction d’un pays – on dit, en anglais, « nation building » – n’est jamais terminé. Alors, avis à celles et ceux selon lesquels il ne faudrait plus jamais parler de ces questions. Durant la course à la direction du Parti libéral du Québec, j’ai dit qu’il était pour moi inconcevable qu’on s’engage en politique, au Québec, sans une position claire sur la question de la place du Québec dans le Canada, sans jamais renoncer à notre identité première et québécoise, ni à la richesse et à l’espoir portés par notre citoyenneté canadienne. Voilà donc le contexte et le sens de notre politique.

Plusieurs commentateurs ont souligné la qualité du survol historique qui en constitue l’introduction, le rappel évident, mais toujours nécessaire, de la présence autochtone bien antérieure à celle de nos ancêtres européens. Car c’est bien une civilisation que ceux-ci ont rencontrée au seizième siècle. Non, pas de monuments, certes, mais une société organisée, une activité agricole bien implantée et une spiritualité au moins aussi profonde que celle des nouveaux arrivants. Alors qu’ils auraient dû l’être, ils ne furent pas partie aux pactes de 1867, 1982, 1987… Plus tard, la proposition de Charlottetown, en 92, leur reconnaissait une gouvernance autonome – « self-government », comme on dit en anglais –, mais comme nous le savons, celle-ci n’eut pas de suite. Je vais dire que le Québec soutient le désir des Premières Nations d’obtenir une plus grande reconnaissance collective ET… et les outils qui en découlent. La quête autochtone de reconnaissance de leur diversité collective est aussi nécessaire que l’est, pour nous, les Québécois, la reconnaissance de notre nation. Les deux doivent aller de pair. En fait, chacune de ces quêtes devrait pouvoir s’appuyer sur l’autre.

La reconnaissance collective du Québec doit s’incarner dans celle de notre société distincte; une évidence; une évidence historique, linguistique, sociologique; une évidence d’ailleurs reconnue dans la jurisprudence issue de la Cour suprême, aussi reconnue dans les faits, tout au long de notre histoire. À partir de l’Acte de Québec, en 1774, tous les documents à portée constitutionnelle ont pris en compte la nécessité de maintenir la langue et la religion de la population francophone, à l’exception notable de 1840, l’Acte d’Union, rapidement contrecarré par l’action courageuse et commune de LaFontaine et de Baldwin. La suite de l’histoire nous mène en 1867, à un autre compromis du même type, entre Macdonald et Cartier. Et plus tard, c’est durant l’entre-deux-guerres que les conceptions du pays qu’ont le Québec, le gouvernement fédéral et les autres provinces ont commencé à diverger, à la faveur du désir de plusieurs de voir Ottawa jouer un plus grand rôle, notamment dans le domaine social. Et, bien sûr, cette divergence s’est cristallisée au cours des débats sur l’accord du lac Meech. On fait souvent allusion aux fameuses demandes historiques du Québec. Celles-ci ont été exprimées clairement au cours de cette période de turbulence constitutionnelle. Elles restent toutes actuelles, toutes pertinentes et toutes valides.

(Applaudissements)

Je viens d’évoquer la principale, la première : celle visant la reconnaissance formelle de notre société distincte. Et je vais emprunter, encore une fois – et je l’ai vu, une fois, puis il m’a dit qu’il l’avait remarqué et que ça le faisait un peu sourire –, je vais emprunter, encore une fois, les mots de Gilles Duceppe : « Notre société n’est ni meilleure, ni pire; juste différente. »

Passons en revue les quatre autres demandes et l’état actuel des lieux :

  • Des pouvoirs accrus en immigration. Vous le savez, les ententes successives ont, dans les faits, accordé au Québec des pouvoirs et responsabilités uniques au Canada, qu’on nous envie, d’ailleurs. Ça serait très simple de traduire cette réalité dans un texte constitutionnel.
  • Deuxièmement, la participation du Gouvernement du Québec au processus de nomination des juges de la Cour suprême issus du Québec, afin d’assurer la prise en compte de notre droit civil, autre élément de notre différence. Et c’est sur cette question, les conversations ont eu lieu, ont lieu et doivent se poursuivre.
  • Troisièmement, un droit de véto pour le Québec. Le premier ministre Jean Chrétien, en adoptant la loi sur les vétos régionaux a, dans les faits, acquiescé à cette demande, mais elle pourrait aussi être constitutionnalisée, afin de ne pas être soumise aux aléas d’une élection fédérale.
  • Enfin, l’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser dans les domaines de juridiction provinciale exclusive. En réalité, ce type d’intervention fédérale n’a pas été observé dans le passé récent. Cependant, son encadrement apparait toujours nécessaire et, en fait, devrait être offert à toutes les provinces et à tous les territoires. Ceci dit, tout en illustrant le caractère asymétrique de la fédération canadienne, comme on le voit bien dans le cas des transferts fédéraux en santé, où le principe s’applique depuis 2004, cette asymétrie qui n’a pas jamais… qui n’a jamais été remise en question est, dans les faits, une forme d’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser.

Enfin, le projet d’accord prévoyait, après sa ratification, des négociations sur le Sénat.

Donc, comme on le voit, il est inexact de dire qu’aucun progrès n’a été réalisé depuis la formulation de ces demandes par Robert Bourassa et Gil Rémillard, qui est présent avec nous et que je salue; inexact aussi de prétendre que ces enjeux représentent des difficultés insurmontables. Le Québec a, dans les faits, continué à progresser à l’intérieur de la fédération canadienne. La destination ultime que nous souhaitons est, bien sûr, un rendez-vous, un jour, autour de la table constitutionnelle. Mais demander qu’une telle rencontre se tienne dès maintenant serait fort mal avisé. Il ne faudra franchir cette étape qu’au moment où les chances de succès seront très élevées. Le Canada et le Québec doivent agir avec prudence et détermination. Je vais répéter, amicalement, que d’ici là, le Québec ne participera à des discussions constitutionnelles que si ses demandes sont inscrites à l’ordre du jour.

Mais on le constate à sa lecture, notre politique déborde des aspects intergouvernementaux et constitutionnels. En effet, on veut des relations canadiennes avec tous les élus, tout en assurant une présence accrue auprès de la société civile canadienne, afin de favoriser le rapprochement entre les citoyens. Il faut se redécouvrir, mieux se connaitre pour ensuite, sans crise, en confiance, se reconnaitre.

Notre politique, c’en est une de rapprochement; rapprochement économique, social, environnemental, culturel, entre autres.

Depuis la dernière ronde constitutionnelle, il faut dire aussi que le Canada et le Québec ont changé. Le Canada a développé sa propre conscience nationale, largement basée sur la célébration de la diversité et le multiculturalisme classique comme modèle d’accueil. De son côté, le Québec est devenu financièrement et économiquement beaucoup plus solide. On peut même parler d’une véritable renaissance, au cours des dernières années, et j’ose affirmer – quelle témérité! – que les actions de notre gouvernement y ont, peut-être, joué un rôle important. Mais ce n’est pas uniformément accepté, donc, vous voyez, je suis très prudent!

(Rires)

Nous sommes plus confiants et plus optimistes. Notre jeunesse et nos entrepreneurs vont à la conquête du monde et ils en reviennent gagnants. On est en train de vivre, au Québec, un revirement historique. Disons-le, encore une fois, avec fierté. Autrefois mauvais élève en matière économique et financière, voilà qu’on est maintenant cités en exemple.

Au Québec, on doit aussi intégrer la diversité à l’intérieur de notre société. Mais notre société est elle-même minoritaire au Canada et en Amérique du Nord, ce qui peut compliquer les choses. Répétons-le, encore une fois, avec force : après plus de quatre cents ans, nous sommes plus forts, plus conscients aussi de la responsabilité unique que nous confère notre statut de seul État à majorité francophone d’Amérique. Il est essentiel que cette diversité croissante et, en passant, inévitable ne soit pas perçue ou vécue comme un facteur d’affaiblissement de notre société unique. C’est pourquoi notre modèle d’accueil doit refléter la réalité, la réalité évidente d’une majorité francophone concentrée sur le territoire du Québec. On préfère alors parler d’interculturalisme. Pour résumer, alors que le multiculturalisme pourrait être comparé à une forêt peuplée d’arbres distincts, l’interculturalisme, lui, c’est l’image d’un tronc solide. Et à ce tronc se greffent les branches, les racines de la diversité, qui le renforcent et l’enrichissent. Notre gouvernement présentera, avant la fin du présent mandat, une politique sur l’interculturalisme. Il est essentiel que toutes et tous se sentent pleinement intégrés à la trame sociale, culturelle et historique du Québec.

Nos compatriotes, les Québécoises et Québécois de langue anglaise, occupent, chez nous – non, pas chez nous; chez eux –, une place unique, compte tenu de leur histoire, de leurs institutions et de leur grande contribution au Québec d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Au cours des dernières années, ils se sont sentis plus éloignés de la majorité francophone. Ils désirent – c’est tout à fait légitime – que leur gouvernement réponde davantage à leurs besoins. C’est pourquoi nous créons un Secrétariat aux relations avec les Québécois de langue anglaise. Et j’ai nommé, il y a deux jours, Kathleen Weil ministre responsable des Relations avec les Québécois de langue anglaise. Not Anglophones! English speaking Quebeckers. That’s a big difference! [Pas anglophones! Québécois d’expression anglaise. C’est tout à fait différent!]

(Applaudissements)

Alors nous proposons… nous proposons aussi de maintenir et d’approfondir nos liens avec la francophonie canadienne. Et, concrètement, notre gouvernement a signé plusieurs ententes en ce sens, avec d’autres provinces et territoires. On s’est mis d’accord aussi – et c’est une première – pour augmenter l’immigration francophone dans le reste du Canada. Il faut donc, entre nous, avec nos compatriotes canadiens, mieux nous connaitre, mieux nous reconnaitre. Ceci nécessite un effort concerté et organisé de tous : refonte de notre organisation de relations canadiennes, visites mutuelles, missions économiques et culturelles dans le reste du pays. Seule cette démarche patiente et engagée nous permettra de revisiter les enjeux dont je viens de parler, de les démystifier et, un jour, de les résoudre.

J’aimerais terminer ces propos en parlant, avec fierté, du rayonnement du Québec dans le monde. L’année 2017 marque les cinquante ans du ministère des Relations internationales et de la Francophonie. Formulée avant même la création du Ministère, et encore appliquée aujourd’hui, la doctrine qui porte le nom de Paul Gérin-Lajoie a traversé les époques. Que dit-elle? Elle exprime un principe simple et exigeant à la fois : ce qui est de notre compétence ici l’est partout ailleurs dans le monde. Et pour cela, nous avons mis en place, au cours des années, un vaste réseau de représentation internationale, qui continue à croitre. Et je dois vous dire que l’utilité de ce réseau est encore plus évidente dans la période de turbulence que nous traversons. Alors qu’on souriait, partout ailleurs, en parlant du réseau – on disait, en souriant, une « quasi-ambassade du Québec à l’étranger » –, maintenant on nous dit « vous avez de la chance d’avoir ça au Québec. Vous avez des leviers, vous avez une capacité d’intervenir sur la scène internationale que nous n’avons pas ».

Dans la négociation qui a mené à l’Accord économique commercial global entre le Canada et l’Union européenne, puis maintenant aux États-Unis, où on compte neuf bureaux ou délégations particulièrement actives et utiles dans le domaine commercial, nos créateurs, nos entreprises, Investissement Québec – on a des collègues d’Investissement Québec dans la salle ici –, dans sa prospection d’investissement, s’appuient sur ce réseau, grâce aux femmes et aux hommes qui y travaillent avec une passion extraordinaire.

Je voudrais, ici, rendre un hommage particulier à mon prédécesseur Jean Charest. C’est lui, seul au début – seul au début! –, qui a initié le processus menant à l’AECG, négocié une entente de reconnaissance mutuelle des compétences avec la France, assuré au Québec un siège à l’UNESCO, au sein de la représentation canadienne; une très importante contribution au rayonnement international du Québec.

(Applaudissements)

Et notre gouvernement n’est pas en reste. Qu’on en juge!

  • On a augmenté – hein! C’est le nerf de la guerre! – on a augmenté de façon importante les crédits du MRI, il faut le dire, Christine, après de longues années de disette! Hein, on se le dira, mais on dira, maintenant, qu’on a terminé ces années-là!
  • On a prolongé les efforts de monsieur Charest jusqu’à la mise en place provisoire de l’AECG. Merci, Pierre Marc Johnson, pour le rôle majeur! Merci, Monsieur Chrétien! Merci, tous nos aides, tous nos amis, qui nous ont aidés pour faire progresser nos relations commerciales en Europe et aux États-Unis. D’ailleurs, à l’occasion de la signature de l’entente, à Bruxelles, le rôle de la diplomatie québécoise – voilà qu’on ose prononcer ces mots à Ottawa – a été reconnu par le premier ministre Trudeau et par les autorités de l’Union européenne.
  • Nous avons ouvert de nouvelles représentations aux États-Unis, en Chine, au Sénégal.
  • J’ai effectué la première visite officielle d’un premier ministre du Québec à Cuba, et on a ouvert un bureau à La Havane.
  • On a mis en œuvre de notre Programme de coopération climatique internationale, qui vise à contribuer aux efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’adaptation aux changements climatiques dans les pays francophones les plus défavorisés.

C’est un investissement de 25 millions – je le dis, parce que c’est plus que certains grands pays ont fait; un investissement de 25 millions qui comprend trois volets :

  • 18 millions pour des appels de projets, visant à appuyer des projets de coopération entre les milieux académique, de la recherche, de la coopération internationale au Québec avec, chaque fois, un partenaire du Sud;
  • 6 millions versés au Fonds pour les pays les moins avancés, qui est géré par le Fonds pour l’environnement mondial;
  • et 1 million de projets pour la jeunesse.

En septembre dernier a eu lieu le Colloque international sur la sécurité alimentaire et la nutrition à l’heure des changements climatiques, organisé par notre gouvernement en collaboration avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture; la FAO; à l’automne 2016, la conférence organisée par le Québec et l’UNESCO – souvenons-nous en : Internet et la radicalisation des jeunes : prévenir, agir et vivre ensemble.

Christine St-Pierre, ma collègue, vient de présenter la Politique de relations internationales du Québec, qui contient :

  • la création de postes d’émissaires, visant à renforcer l’expression des compétences du Québec et le rayonnement de notre expertise, par exemple en matière de diplomatie climatique et nordique – Jean Lemire a été nommé à cette responsabilité –, des droits de la personne, avec un accent particulier pour les droits des membres de la communauté LGBT partout dans le monde où, encore à plusieurs endroits, ces personnes sont opprimées, et une autre personne, un autre émissaire sur la mobilité des personnes;
  • le développement de la diplomatie nordique et climatique ainsi que le positionnement de notre Stratégie maritime;
  • l’approfondissement des relations du Québec en Amérique du Nord, plus spécifiquement, bien sûr, aux États-Unis, en Europe, dans la Francophonie;
  • un engagement accru en Asie, en Afrique et en Amérique latine;
  • la participation aux travaux de certains forums, réseaux et organisations internationales;
  • une gouvernance renouvelée, dont la mise en place d’un mécanisme de consultation des municipalités et de la société civile.

Mesdames et Messieurs,

Assurer le rayonnement du Québec dans le Canada et dans le monde, voilà une des tâches essentielles du gouvernement et du premier ministre du Québec. Ce rayonnement repose sur un mot : la confiance; la confiance en nous-mêmes d’abord, la confiance, également, des citoyens, des investisseurs, de nos partenaires. Nous avons rétabli la confiance. Comment? En combinant plusieurs exemples de succès dans divers secteurs, avec le début d’une transformation profonde du Québec, entreprise dès les premières semaines de notre arrivée aux affaires en 2014.

Car, en fin de compte, que sommes-nous en droit d’attendre de notre gouvernement? Équilibrer les finances, dégager des marges de manœuvre pour la santé, l’éducation et l’économie? C’est fait! Diminuer la dette? C’est fait, pour la première fois depuis très longtemps. Diminuer le fardeau fiscal? C’est fait et, bonne nouvelle, Messieurs, Dames, ça va continuer. Créer les conditions permettant d’accélérer la croissance et l’innovation? Oui, on le voit à Montréal, à Québec, dans les régions. Celles permettant la création d’emplois de qualité temps plein, une rémunération qui augmente, le taux de chômage le plus bas de l’histoire depuis qu’on mesure le taux de chômage au Québec; transformer profondément – profondément – la relation entre Québec et les municipalités.

Innover dans la gestion des infrastructures – Michael Sabia, qui est avec nous, aujourd’hui, le sait très bien; le REM, ce très grand projet pour Montréal et sa région, sera le résultat d’un modèle unique qui suscite beaucoup d’intérêt ailleurs dans le monde – je vous engage à lire un article récent du Wall Street Journal sur la question, d’ailleurs.

Agir pour la solidarité et lutter contre la pauvreté? Un plan de lutte contre la pauvreté ambitieux et imminent sera rendu possible et publié; rendu possible grâce à nos moyens retrouvés.

Vision et moyens accrus pour la réussite éducative, de la petite enfance jusqu’à l’université : les premières marges de manœuvre du gouvernement sont allées à l’éducation et à l’enseignement supérieur.

Améliorer l’accès aux médecins de famille : il y a près de 900 000 Québécois de plus qui ont déjà accès au médecin de famille. Qui aurait cru ça possible il y a à peine quelques années? Les listes d’attente baissent : 93 % des chirurgies sont faites en dedans de six mois. On veut développer de meilleurs soins en CHSLD : plus de ressources, plus de monde, plus de services; et ça, c’est en cours.

On veut qu’un gouvernement agisse sur la transition énergétique et la lutte aux changements climatiques – on le sait, maintenant : le leadership du Québec, il est reconnu partout dans le monde.

On doit et il faut et on aime soutenir notre culture. Dès le début, malgré la période de retour à l’équilibre, le Plan culturel numérique – et je vois Hélène David, qui en fut l’auteure à l’époque; plus de moyens et le renouveau, en cours, de la politique culturelle.

Promouvoir notre langue et la francisation des nouveaux arrivants. Mais là, je fais un bref retour en arrière sur ce que je vous ai dit tantôt sur l’interculturalisme. Hier, je participais à une rencontre avec tous les organismes des ordres professionnels qui s’occupent d’intégrer les nouveaux arrivants aux professions et au marché du travail. Et tout le monde disait la même chose : c’est bien de franciser les nouveaux arrivants, mais ce n’est pas encore assez. Outre la francisation, il faut que ces personnes comprennent et soient à l’aise dans ce que j’appelais tantôt la « trame sociale et culturelle historique du Québec ». C’est ça, en fait, concrètement, l’interculturalisme.

On fait la promotion de notre caractère distinct et on n’arrêtera pas. On veut encore plus de rayonnement international pour le Québec; on est en action.

Alors, voici les clefs qui permettent d’entreprendre les prochaines transformations avec confiance : éducation, énergie, innovation partout au Québec, entre autres.

La nouvelle révolution industrielle, qui est déjà bien entamée, s’exprime particulièrement dans trois domaines : l’énergie, le transport et la logistique et la communication, tout ça soutenu par l’Internet des objets et l’intelligence artificielle. C’est ça, le monde actuel; c’est ça, le monde de demain. Le Québec est monté dans ce train. On le voit, les annonces, à Montréal, se succèdent presque de façon hebdomadaire, ces temps-ci, en intelligence artificielle. Mais il faut rester dans le train et, plus que rester dans le train, il faut être dans un wagon de tête. Comme le dit Jeremy Rifkin, et je le cite : « Les internets… LES internets de la communication, de l’énergie et de la logistique se réunissent sur une plateforme unique. Les jeunes créateurs et entrepreneurs de notre temps empruntent leurs principales vertus aux capitalistes et aux socialistes, tout en éliminant la nature centralisatrice commune au libre marché et à l’État bureaucratique. » Fin de la citation. Alors, il y a là, au-delà des mots, un changement de civilisation; un changement de civilisation comme le furent l’imprimerie, la vapeur, l’électricité, l’informatique.

Et la chance qu’on a, au Québec, la merveilleuse chance qu’on a, au Québec, c’est qu’on a tous les atouts pour profiter de ce changement profond : le talent de nos gens d’abord – vous qui êtes dans la salle, les hommes et les femmes partout au Québec – et aussi… et aussi les bonnes ressources à la bonne époque. Moi, j’aime ça qu’on ait 3 % des réserves mondiales d’eau douce au Québec. Ça me parait très préférable à beaucoup d’autres sortes de ressources. Et on va être capables d’en tirer parti. Puis, on a aussi l’habitude, chez nous, de la solidarité, qui va nous permettre, dans ce nouveau monde, de préserver notre société distincte, qui est aussi une des plus équitables d’Amérique, et il ne faut pas perdre ça. Alors, j’y reviendrai en de nombreuses occasions, mais surtout avec des exemples concrets, pour le présent et pour l’avenir.

Oui, c’est vrai, beaucoup reste à faire, mais la possibilité d’aller plus loin, elle repose sur la confiance, et la confiance en nous débute par l’illustration et la reconnaissance des succès que je viens de décrire. Nous allons donc, chers amis, continuer à faire, ensemble, avancer le Québec, car le monde, lui, n’attendra pas. Merci.



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